Éditorial : Sororités

Par Vanessa Bell

En couverture : Juno – Chimera (2025)

Éditorial : Sororités

s’écrire se réinventer s’autoriser

 

Par Vanessa Bell

 

Invitée comme rédactrice en cheffe pour ce numéro portant sur la sororité, mon premier réflexe a été de passer la thématique au pluriel : sororités. Parce qu’il existe autant de manières d’être femmes que de se tenir solidaires, parce qu’il existe une panoplie d’écosystèmes – dans un continuum de tendresses et d’anarchies, les deux ne vont-elles pas ensemble ? – où les sororités se déploient, s’organisent, se transmettent. J’ai d’abord cherché – entre théorie, intellect et affect – à composer un appel à contribution qui serait le plus ouvert possible, qui donnerait à fouiller les âges des sororités, les cycles imposés à la Terre et aux femmes, qui explorerait ce que nous construisons quand nous ne sommes qu’entre nous. Je pensais alors aux femmes qui m’apprennent et m’enseignent à devenir femme, mère, amie, sœur ; à celles qui me préparent, doucement, au plus grand rôle de ma vie : celui d’aînée. À la lecture des textes d’amitiés, de cocréation, de guidances intergénérationnelles de Sarah Boutin, de Joanie Lafrenière, d’Annie Baillargeon, d’Ariane Roy et de Gabrielle Bouchard, quelques noms de ma propre trajectoire se sont échappés de ma bouche : Bärbel, Virginia, Suzie, Carole, Nicole, Josée. Des femmes-guides, des femmes-phares, des femmes qui sont mes égales et mes mentores, mes soignantes et mes aimées, mes mères et mes sœurs. Car les sororités ont ceci de puissant : elles sont circulaires et infinies.

Si j’ai été surprise de l’absence de juste colère, à l’exception des brillants textes d’Ariane Caouette et de Julie Gilet ; je l’ai été tout autant en voyant émerger des lignes claires, des nouaisons d’un texte à l’autre, d’une œuvre à l’autre. Les propositions collectives, comme les textes 1 + 1 = 5, Au pays de la terre sans arbre et Mieux comprendre les impacts des changements climatiques sur les petits fruits m’ont renversée par ce qu’ils démontrent de potentiel et de possibilités quand nous rêvons et travaillons ensemble vers un but commun. Ceux de Virginie Blanchette-Doucet, de Gloria P. Schippers et du collectif de collectifs du Saguenay–Lac-St-Jean m’ont fait sourire en portant des paroles et des pratiques qui émergent à la croisée de l’art et de l’agriculture, dans une approche intersectorielle. Et puis, il y a ce texte intime, presque secret, d’Alphiya Joncas qui invite à revoir nos appartenances en avançant que nos lignées sont peut-être inscrites à même la géologie. De manières différentes, toutes témoignent du rapport premier et intrinsèque que les femmes entretiennent avec la Terre. Une appartenance – qu’elle soit ancrée ou apprise – résolument millénaire. Surtout, j’ai lu l’amour des femmes pour les femmes, dans des contributions qui sont des célébrations autant que des offrandes. Les textes de Priscilla Guy, d’Annabelle Moreau, d’Isabelle Francoeur et de Zélie Schuhmacher, d’Andréanne Théberge, de Galadriel Avon, de Mireille Tremblay, et les œuvres de Juno, m’ont mis la fête au cœur. Un constat a rapidement émergé : nous sommes plusieurs à répondre à l’état actuel des choses par l’amour, l’une des meilleures ripostes à la montée du fascisme j’en suis convaincue. Les sororités sont des espaces sacrés où la communauté est amour, où elle est une force radicale, un puissant acte politique, comme l’écrivait bell hooks. Au côté des femmes qui témoignent, réfléchissent et créent dans les pages qui suivent, je dis Bienvenue dans nos révolutions (1).

Bonne lecture,

Vanessa Bell

Références

(1) Le titre est un extrait de De la marge au centre : Théorie féministe, bell hooks

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