«Nous éprouvons toutes un ardent désir, une nostalgie du sauvage. Dans notre cadre culturel, il existe peu d’antidotes autorisés à cette brûlante aspiration. On nous a appris à en avoir honte. Nous avons laissé pousser nos cheveux et nous en sommes servies pour dissimuler nos sentiments. […] Où que nous soyons, indéniablement, l’ombre qui trotte derrière nous marche à quatre pattes.»
Dès les années 1980, la psychanalyste, autrice et journaliste étatsunienne d’origine mexicaine Clarissa Pinkola Estés a étudié la manière dont la figure de la femme sauvage est intrinsèquement liée à l’écologie. Ainsi, dans Femmes qui courent avec les loups, (re)surgissait l’idée qu’en se libérant des cycles forcés, imposés à la terre comme aux femmes, le monde serait un endroit plus florissant, plus habitable. Si cet énoncé paraît évident, nous croyons qu’il est plus nécessaire que jamais de l’affirmer.
Le présent appel vise à célébrer les gestes, les lumières, les chants qui émergent lorsque, entre elles, les femmes construisent une société, un clan, une famille. Nous entendons les sororités comme postures d’énonciations: celles des sœurs de sang, certes, mais aussi des sœurs de lutte, de cœur, de courage, de filiation.
Impossible d’évoquer les sororités sans voir apparaître les archétypes récurrents de la sage, de la mère, de la guerrière, de l’amante, de la sorcière, de la protectrice, de l’exploratrice, de la créatrice, de la rebelle, de l’érudite, de la soignante. La femme étant associée d’emblée à l’élément de l’eau, nous tracerons les chemins qui mènent de la rivière au boisé, du fleuve aux plaines, pour la détacher de la maternité absolue, pour l’incarner là où le feu nourrit corps et extases; là où le nombre s’écrit au féminin.
En fouillant les âges des sororités, en explorant la relation primitive à cette mémoire de la parenté viscérale, nous ferons jaillir des histoires, des iconographies de la femme sœur, de la sœur magique, de l’amie prodigieuse, comme autant d’actes politiques qui ont le pouvoir de remodeler le concret, de renverser l’ordre établi.
Traçons des constellations où la sororité est « une démarche consciente, presqu’une éthique de vie qui nécessite confiance, empathie et ouverture », comme l’écrit l’autrice française Chloé Delaume. Écrivons une fédération de sororités, la souveraineté des femmes et des cellules qu’elles créent. Inventons des manières de tisser des gestes par lesquels sciences, arts et spiritualités enseignent des chemins de joies, de résilience, de souffle; des espaces faits des réciprocités qui contiennent les forces anciennes et celles à venir.
20 mars pour les ébauches de propositions
1er mai textes finaux (max 2500 mots)
1er mai proposition de portfolio (œuvres, crédits, démarches)
Faire parvenir vos soumissions à zoneoccupee@gmail.com avant le vendredi 20 mars 2026.