Mimétisme

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Dès la naissance, un être vivant doit faire face à l’absolu terreur de survivre à un monde hostile fort différent de celui connu dans le ventre de sa mère. Forcé de s’extraire du parfait bonheur de la chaleur maternelle, il se voit devenir en un instant un être inapte et incompétent alors que la réception se fait par des cris et de la douleur. Comment survivre à un accueil aussi inhospitalier si ce n’est par une adaptation fulgurante? Aucun autre choix n’est possible que de faire un avec l’environnement et c’est en observant et en reproduisant les comportements vus et entendus qu’il peut y arriver. Le mimétisme est une stratégie adaptative répandue, mais malgré tout étonnante. L’humain se forme essentiellement par mimétisme comme tout autre animal du règne du vivant. C’est un mécanisme primitif ancré dans nos gènes, nous en sommes indissociables, sinon nous sommes des êtres non-viables. Mais cette aptitude ne se réduit pas à seulement copier le geste d’autrui, car il s’agit aussi du caractère inné qui permet à l’individu de rapidement participer aux processus culturels. Car l’enfant ne copie pas à proprement parler, il imite, il ressemble, il caricature. Bien que critiquée, la théorie du désir mimétique de René Girard peut paraître séduisante à cet instant, ce à quoi conduit le mimétisme n’est pas la reproduction de l’autre, mais du désir que l’autre éprouve, le désir lui-même. Suivant cette idée, nous pourrions en venir à la conclusion suivante: par cette incroyable capacité qu’est le mimétisme, l’humain aspire sans cesse à un absolu inatteignable; celui de se fondre dans le désir de l’autre qu’il ne pourra le réaliser que grâce à son imagination. C’est en quelque sorte la transcendance de la matérialité de la simple l’imitation que permet la créativité. Et c’est peut-être là le pendant humain qui le différencie des autres espèces. Dans l’histoire de l’art, le mimétisme est une idée qui gouverne la création des œuvres d’art, en particulier, avec une correspondance permanente au monde physique et reconnu comme un modèle de beauté, de vérité et de bien. Avec la mimèsis, Aristote propose deux formes d’imitation, celle qui reproduit à l’exact et celle qui stylise. Dans cette édition, nous voulons explorer ces zones grises entre le plagiat et l’œuvre d’inspiration.