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SIX CENTS MOTS POUR TROIS ACTIONS POUR QUATRE PERFORMEURS

SIX CENTS MOTS POUR TROIS ACTIONS POUR QUATRE PERFORMEURS

Par Cindy Dumais

ART NOMADE

Vendredi 25 octobre 2013

 

 

Art Nomade xxs-11 Art Nomade xxs-12AJ & JK

C’est étrange que je sois fébrile.  Je suis assise, pourtant.  Passive.

La question Qui est épileptique? en introduction à l’action d’Antti Jussila & Jari Kallio laisse entendre l’idée que celle-ci puisse provoquer un malaise. Je ne suis pas épileptique mais je signe l’immatériel contrat de la sensation devant une performance : la fièvre est possible, certains restent détachés, d’autres, c’est le vertige.  C’est Art Nomade et ma fièvre s’estompe devant un écran de fumée sur fond d’oiseaux. Deux visages fermés s’embrouillent. De la disparition des faces qui me font face, c’est l’apparition de deux montagnes sur papier glacé : c’est mon image de la Finlande qui apparaît à l’écran. Et la transformation du chant de l’oiseau-nature à l’oiseau-électronique, qui me transporte dans une discothèque, le regard embrumé : il sont là, cols blancs et pantalons moulants.  Une danse robot-gangster, les visages humides. Pulsations épileptiques de la lumière.  Ouvre ferme ouvre ferme ouvre ferme les yeux. Changement de costumes, ils sont las : peluche, micro et guitare, transfert de l’hypnotique spectacle à l’expérience stupéfiante.  Toujours dans le brouillard, mais c’est celui des performeurs cette fois-ci : gaz hilarant qui euphorise aussi le regardeur. Wake up mouse. Make up. Construire, maquiller, inventer. Don’t wake up the mouseDon’t make up the mouse. Arrêt brusque de l’action. Défibrillation intime.

Antti Jussila et Jari Kallio (8) Antti Jussila et Jari Kallio (19) Antti Jussila et Jari Kallio (28) Antti Jussila et Jari Kallio (46) Antti Jussila et Jari Kallio (52)

 

 

Art Nomade xxs-15JVP

« Ceci n’est pas la performance ».  À l’écran : « C’est la vie » tronqué, j’y reconnais la calligraphie du surréaliste René Magritte et la phonétique d’une version féminine de Marcel Duchamp, Rrose Sélavy.  Sinon de dire « Ceci n’est pas une performance, c’est la vie ».  Non, c’est Jacques Van Poppel qui offre un coup de gin «pendant qu’il se prépare ».  Google traduction fait rire mais ce n’est pas l’action ni le performeur, c’est sa voix issue des fosses du WWW.  Et pendant qu’il se prépare et que ceci n’est pas, la performance se passe et effectivement, c’est la vie.  Et c’est aussi la vie, les internets, c’est tout l’éclectisme web qui est contenu dans la superposition de l’audio sextape et des images de boucherie.  Et il y a cette carte à remonter le temps qui calcule les bombes nucléaires sur fond de ce qui semble le son d’Alva Noto.  Ici les mois ponctuent les années, comme le décompte avant la déflagration.  Et nous on se dit que la terre est chargée, prête à dégoupiller. Je pense à Fukushima. Et nous sommes toujours là, masque aux visages, celui de JVP est un blobfish abyssal, rappelant à la fois nos origines et notre extinction.  Une performance-contraction, où le contenu resserré crée cet espace dense de sens, mais ce contenu est si bien choisi que le temps s’écourte.  Quelques actions auront suffi à JVP pour contenir l’univers.  EXIT (j’ai cru quelques secondes que nous allions y passer, parce que c’était la vie). Et nous sommes toujours là.

 

 

Jacques Van Poppel (19) Jacques Van Poppel (35) Jacques Van Poppel (52) Jacques Van Poppel (54)

 

 

 

 

Jacques Van Poppel (31)

 

Art Nomade xxs-17DR

Pour un oui ou pour un non, Denis Romanovski se fait maître-traître des mains molles qu’il dirige d’un côté ou de l’autre. Pour un oui ou pour un non, on place dans une case, pas d’argument possible, pas de nuance.  C’est oui?  Ou c’est non?  Gauche droite blanc noir.  Et d’un côté comme de l’autre, nous serons traités. Une sorte de jeu de guerre où DR en est la tête, contrôlant l’opinion par un discours contradictoire, mais faisant des deux troupes distinctes les victimes d’une hypocrisie médiatique. D’un côté comme de l’autre, nous serons provoqués en duel. Et nous lancerons ces mains molles dans l’excitation de toucher quelqu’un, déversant un fluide fluorescent pour conserver la trace du geste mais négligeant l’origine de notre côté. Dans l’indifférence.

 

 

 

 

 

 

Crédits photos performances, Valérie Lavoie

Crédits photos portraits, Philippe Boily

 

 

 

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