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QUATRIÈME JOURNÉE D’ÉTUDE ET D’ÉCHANGES SUR LA MÉDIATION CULTURELLE AU SAGUENAY–LAC-SAINT-JEAN – Christine Martel

QUATRIÈME JOURNÉE D’ÉTUDE ET D’ÉCHANGES

SUR LA MÉDIATION CULTURELLE AU SAGUENAY–LAC-SAINT-JEAN

LE VENDREDI, 1ER AVRIL 2016, À LA VIEILLE PULPERIE DE CHICOUTIMI

Christine Martel

Le 1er avril dernier, à la Vieille pulperie de Chicoutimi, se tenait la quatrième journée d’étude sur la médiation culturelle. L’évènement réunissait des chercheures universitaires qui, à l’initiative de la Cellule régionale d’innovation en médiation culturelle du Saguenay–Lac-Saint-Jean et appuyées par la Conférence régionale des élus, Culture pour tous, le Conseil régional de la culture et l’Université du Québec à Chicoutimi, ont reçu le mandat de dresser un portrait des organismes déployant des pratiques de médiation dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ainsi que plusieurs représentants des milieux culturels régionaux de même que des conférenciers venus partager les stratégies qu’ils ont dû concevoir dans leurs organismes respectifs afin de s’adapter à la mission de cette dernière. Si une fois de plus l’occasion fut idéale pour tracer un portrait de la diversité des pratiques de chacun, force est de constater qu’il s’est construit un concensus en ce qui concerne la médiation, et donc un vocabulaire commun chez ces passeurs de culture, et que la réflexion a avancé. Ce qui démontre hors de tout doute que c’est un principe bien implanté, adaptable et donnant des résultats plus que satisfaisants. Au-delà de l’esprit concensuel qui se dégage de ce type de démarche, la médiation culturelle telle qu’on la connaît et l’applique fait-elle vraiment l’unanimité?  

Médiation-69 La recherche universitaire sur la médiation culturelle, axée principalement sur la diversité des pratiques, souhaite déboucher sur un plan d’action régional et recomposer la cartographie que dessinent les différentes réalités artistiques et culturelles du SLSJ, à la jonction du politique, de l’identitaire et du social. Si cette étude, dont une partie des résultats nous ont été présentés au départ de la journée par les professeures concernées, constitue un regard éclairé sur le sujet, elle ne tombe pas du ciel. À la lumière des réussites autant que des essais-erreurs, des réalités socioculturelles et des limites financières rencontrées, elle enligne des statistiques, compose des tableaux, ramasse des données grâce à des questionnaires fort pertinents complétés par les personnes visées par la médiation. Ce n’est donc pas de l’outil qui est mis au service d’un objectif préalable dont on parle, c’est de l’usage de cet outil qui, à lui seul, place le créateur et le spectateur dans un état d’esprit requis. On pourrait affirmer que la pratique engendre ici la théorie. Mais quelles sont les véritables buts de ces interventions antérieures, liées aux expériences et difficultés rencontrées quotidiennement, qui sont à l’origine de ces solutions créatives et inspirantes qu’on s’est donné la peine de compiler?

Médiation-86La médiation culturelle, perçue à tort par plusieurs comme une innovation, n’est qu’une autre façon de nommer les choses. Si les médiateurs culturels existent depuis belle lurette, et que leurs activités jusqu’à aujourd’hui ont porté fruit, il faut maintenent aller plus loin dans la réflexion et voir à quoi l’on a vraiment affaire. Dans la foulée de nouveaux phénomènes culturels, à la remorque d’importants bouleversements socioéconomiques parfois mondiaux, il paraît bien sûr opportun de mobiliser les commettants et de stimuler le développement d’approches efficaces et de ressources humaines expérimentées afin de maximiser la portée de leurs actions. Ce qui leur permettra d’atteindre le principal objectif qu’ils se sont donné : celui de rejoindre un maximum de publics au travers des projets inspirants et constructifs. Mais le véritable enjeu de la médiation culturelle, que le critique d’art français Tristan Trémeau appelle à tort ou à raison « fantasme d’immédiation », est-il seulement de résoudre le conflit de proximité entre le public et les artistes? Cette stratégie n’arrive-t-elle pas à point nommé dans un monde où l’ephémérité est reine?

Médiation-38La création n’est pas seulement la fabrication mais aussi la résolution. Apprendre à interpréter des signes, à inventer des significations, à saisir des analogies. C’est à ce moment-là que l’œuvre nous apparaît, quand elle nous montre la vie dans ses multiples versions, sous différents points de vues et à travers des codes qu’elle redéfinit sans cesse. Encore faut-il savoir les traduire et juger de leur valeur. Il est vrai qu’au cours du vingtième siècle, et plus manifestement au tournant des années 1950-1960, les modifications de la nature et du statut de l’œuvre d’art, de même que la redéfinition des rapports entre les multiples domaines artistiques, soulignent l’importance de comprendre la création comme un processus. En 1957, Marcel Duchamp disait déjà que, somme toute, l’artiste n’est pas seul à accomplir l’acte de création car le spectateur établit le contact avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et par là ajoute sa propre contribution au processus créatif. Malgré le fait qu’il ait désormais aisément accès à ce processus de création, comment ne pas laisser ce spectateur en déficit de sens? Et assiste-t-on à une normalisation inévitable de l’œuvre d’art?

Médiation-60La notion d’art englobe un vaste ensemble de points de vue : que l’on cherche à idéaliser pour rendre beau ou au contraire à déranger pour exprimer des sentiments liés à la peur ou à l’angoisse, la représentation artistique sous toutes ses formes a su s’adapter à la pensée humaine dans toute sa diversité et sa complexité. Qu’on se le dise, puisque l’art et la sociologie sont indissociables, à l’ère des loisirs de masse et des œuvres médiatiques, nous sommes en train de basculer dans une nouvelle dimension de l’expression.  Les technologies actuelles liées au numérique n’ont fait que rebondir sur un débat dont l’expression n’est pas prêt de trouver un terme. Tout est dorénavant possible; ne reste qu’à savoir où nous nous situons. Et c’est peut-être aussi le rôle de la médiation culturelle. Au-delà de la construction du lien social et de la démocratisation du geste créatif réside un enjeu déterminant pour la suite des choses : la pensée critique, cette pratique évaluative fondée sur une démarche réflexive, autocritique et autocorrectrice impliquant le recours à différentes ressources (connaissances, habiletés de pensée, attitudes, personnes, informations, matériel) dans le but de déterminer ce qu’il y a raisonnablement lieu de croire (au sens épistémologique) ou de faire (aux sens méthodologique et éthique) en considérant attentivement les critères de choix et les diversités contextuelles 1. En d’autres mots : la capacité individuelle de poser un jugement basé sur un raisonnement éclairé par l’éducation à l’art. L’art pour apprendre mieux, pour apprendre autrement, en multipliant les lieux d’apprentissage et les sources de diffusion. Car il s’agit de considérer les publics dans toutes leurs dimensions : sociale, affective, sensible et esthétique. Le pouvoir éducatif de l’art s’adressera alors à chaque individu, lui permettant de se fier à son propre jugement et de ne plus se référer seulement à celui des réputés experts. D’être aguerri aux techniques de fabrication de l’œuvre, sans doute, mais avant tout de s’ouvrir à toutes les versions et dimensions d’une même chose. Et c’est là qu’entrent en scène les artistes et leur regard particulier sur le monde qui les entoure. Le spectateur est alors touché, ou pas, par leur travail, se questionne, commente, s’émeut, déteste ou adore, ne comprend rien, s’ennuient, se passionne ou se ferme, ou alors s’ouvre et partage ses sentiments avec les autres. Bref, toutes ces émotions qui font de nous des êtres humains!

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Selon le CTREQ (Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec).

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