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Réseau

Couverture 03

Pour cette troisième édition, nous étions confrontés à un sérieux problème : comment illustrer sur la page couverture un thème aussi polysémique que celui de réseau? En effet, l’engouement pour ce terme est tel de nos jours qu’on ne sait plus très bien ce qu’il signifie : les réseaux sociaux, le réseau bancaire ou de la santé, travailler en réseau, avoir un bon réseau, etc. Bref, il est difficile de s’y retrouver, mais non pas impossible. Il nous fallait donc identifier le sens qui nous semblait le plus évocateur dans le cadre de Zone Occupée.

Prenons tout d’abord, au hasard, quelques définitions générales pour mieux nous éclairer. Selon Littré, un réseau est un « système de mise en relation d’individus, d’entreprises, d’organismes dans un but professionnel ou de coopération »; alors que pour Larousse il s’agit d’un « ensemble organisé dont les éléments, dépendant d’un centre, sont répartis en divers points ». Bien que très générales, ces deux définitions semblent présenter le réseau comme un ensemble équilibré ressemblant à une arborescence logique et ordonnée. Or ce n’est pas ainsi que nous désirions l’envisager, mais plutôt sous l’angle d’une toile quasi chaotique où les points de jonctions ne seraient pas tous égaux entre eux. Et comme nous le rappelle si bien Jean-Pierre Vidal dans son article, le réseau n’est pas nécessairement un outil de l’accomplissement de l’humanité mais peut-être celui de son aliénation.

C’est à la lumière de ces réflexions que le travail de Mathieu Tardif s’est imposé lui aussi, comme une image forte et incontournable pour le traitement de notre sujet. Par la structure même de sa fameuse Clepsydre, un agencement de fils et de boîtes électriques reliés à une machine excrétrice, et par l’œuvre que produit cette dernière, une multitude de points, d’espaces blancs et de zones de fracture générés par algorithmes. Ce résultat étonnant et déconcertant d’un automate autonome nous semblait une amorce judicieuse dans le dévoilement de notre réflexion. En effet, le réseau que nous vous proposons d’explorer ici n’est pas un organigramme, mais bien un ensemble de lignes d’articulations, de points de rencontre, de territorialités, de vides interstitiels, de fractures et de strates. Ceci justifie donc l’illustration déroutante et énigmatique de la une.

Au-delà de l’évocation de notre thématique sur notre première page, nous avons voulu créer une publication entièrement à l’image de ce que nous concevons comme réseau. Inspirée du rhizome deleuzien, la présente revue se veut être un échantillon du réseau actuel d’art et de culture dans son contenu et dans sa forme. Ambitieux défi, nous vous l’accordons. Mais nous n’avons pas choisi de présenter la complexité du réseau ou son ensemble, mais plutôt de nous attarder sur des strates ou des nœuds de jonction comme des événements, des organisations ou leurs figures marquantes. Toutefois, grâce au travail de Gilles Prince, vous trouverez en page centrale une carte heuristique représentant l’écologie de l’art actuel au Québec. Bref, il s’agit d’un voyage sinueux et signifiant qui vous attend sur des chemins de traverses. Et pour paraphraser Gilles Deleuze, nous vous proposons d’aborder cette nouvelle édition comme on aborde une multiplicité.

Bonne lecture !

Jean-Rémi Dionne
rédacteur en chef

Patrick Moisan
coordonnateur et directeur artistique

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