?>
Publicités

Isolement

Couverture 05

Voici pour l’arrivée du printemps une nouvelle mouture toute fraîche de Zone Occupée arts/culture/réflexions Saguenay–Lac-Saint-Jean. Même s’il s’est avéré moins intéressant au niveau des décisions politiques gouvernementales pour les arts et la culture au Canada, l’hiver 2012/2013 aura été chargé en évènements et en actions de toutes sortes. En effet, pendant les derniers mois, les choses se sont bousculées pour notre magazine et nous aurons plusieurs beaux projets à vous présenter au cours de l’année qui vient. Au moment d’écrire ces lignes, nous pouvons déjà annoncer la production d’une toute nouvelle plateforme web qui sera prête pour la sortie du numéro de l’automne 2013, une véritable plaque tournante pour tout ce matériel que nous arrivons difficilement à diffuser et promouvoir avec la seule version papier. En passant, nous tenons encore une fois à vous remercier de votre intérêt, de votre soutien et de votre apport à cette jeune publication.

Pour cette cinquième édition, nous avons choisi d’aborder une thématique intimement liée à une problématique propre aux régions du Québec mais aussi aux humains que nous sommes : L’ISOLEMENT. À l’ère de l’avatar et des réseaux sociaux, des voyages de groupes organisés et du partage « démocratique » de toutes sortes de données personnelles, l’être humain n’a jamais été aussi responsable de son propre isolement. À ce titre, une image me vient facilement en tête : l’individu seul dans la pénombre éclairé uniquement par la pâle lumière de son écran. Il possède tous les outils de sa socialisation sans toutefois y parvenir réellement. Son réseautage est virtuel, froid et sans réelle chaleur.

En contrepartie, depuis quelques mois déjà, une communauté isolée par la langue, le territoire, la loi et même l’histoire, se propulse et se met en scène d’un océan à l’autre. Il est évidemment question ici du mouvement Idle No More. Deux réalités : deux processus réflexifs sur le concept d’isolement et de socialisation. Bien que, dans certains cas, l’individu soit lui-même responsable de son isolement, dans d’autres il subit les contrecoups de l’isolement forcé, ce qui est d’ailleurs le cas de la communauté autochtone au pays. Nous subissons donc l’isolement de diverses façons : la langue, la culture, la folie, les institutions ou même les lois.

De prime à bord, il y a deux types d’isolement : l’isolement volontaire et celui involontaire ou forcé, et il existe une grande dichotomie entre ces deux modes de réclusion. Et si le moteur de mobilisation du mouvement Idle No More se situe dans la richesse de la culture de cette communauté, cette dernière devient le moteur pour briser le silence, l’isolement et se mobiliser. Ce point de rupture, et de contestation, est possible grâce à cette grande capacité du mouvement à être créatif dans ses actions. Que l’isolement soit volontaire ou involontaire, il entraîne avec lui tout un lot de réactions immensément créatives, ce qui permet à l’humain de jouer sur cette corde raide où imagination, développement et innovation peuvent devenir la cause d’une forme de réclusion ou de socialisation.

Parlant de ce rapport particulier entretenu entre les communautés autochtones et le reste de la population au pays, nous vous proposons un slam en page centrale. Isolée du reste, en plein cœur de la revue, vous découvrirez une poésie dans une langue bien de chez nous, le «nehlueun». Langue officielle des Innus de Mashteuiatsh, le nehlueun est un dialecte dérivé de l’innu-aimun (montagnais). Il s’agit d’un texte travaillé par un groupe de citoyens de Mashteuiatsh et une manière très novatrice de tenter de conserver cette langue qui tend, de part son isolement, à disparaître. Nous souhaitions volontairement isoler ce texte, isoler les lecteurs, isoler la langue, tout en en permettant la découverte, la collaboration, la promotion et l’ouverture face à ce bien collectif.
Le processus de création demande, la plupart du temps, un moment d’isolement et de réflexion. L’artiste exploite un long mécanisme d’introspection où il se promène entre isolement, création et diffusion. Cet effet de balancier permet de poser un regard personnel qui se situe dans le Ressenti pour ensuite le rendre tangible grâce au partage. Une œuvre, une démarche ou une pratique ne peuvent faire sens que si elles sont partagée, critiquées ou tout simplement diffusées. Nous nous retrouvons donc devant un paradoxe évident : isolement aliénant vs isolement productif/créatif.
Toutefois, il ne faut pas percevoir l’isolement du type aliénant comme étant exempt de productivité ou de créativité. Vous découvrirez aussi dans ce numéro un excellent article traitant d’une certaine forme de créativité issue de l’isolement médical ou carcéral. Le cerveau humain, contraint à une certaine forme extrême d’isolement, développe dans un court laps de temps tout un univers immersif alternant entre la réalité et la folie. Le concept mis en application dans un univers contrôlé de manière carcérale ou médicale entraîne des lésions au cerveau et le fait sombrer dans la création d’éléments totalement inexistants : couleurs, voix, etc. Cet article nous permet de pousser cette thématique au-delà du simple lien très évident que nous entretenons en région, soit ce rapport à l’isolement territorial ou à la spatialité.

Également dans ce numéro, un dossier spécial sur le travail de John Boyle-Singfield : une entrevue avec l’artiste ainsi qu’un texte du sociologue Hervé Fisher. Cette proposition fait suite à une discussion avec le Centre d’artistes Espace Virtuel au sujet de la résidence de John Boyle-Singfield. Dès le départ, l’idée d’une résidence en galerie et de surcroît en isolement total d’avec les visiteurs nous semblait très pertinente. Une exposition remettant en question le droit d’auteur et qui, pour toutes sortes de raisons, dut se dérouler à portes closes sans qu’un seul visiteur ne puisse y entrer illustre l’isolement le plus total. Une entrevue et un texte très intéressants. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à convaincre les artistes de l’exposition précédente qui ont indirectement contribué à la décision de John de mettre la clé dans la porte. Il faut dire que la majorité d’entre eux était contre la présentation de cette exposition relatant ces questions de droits d’auteurs. Vous comprendrez toute la portée de cet évènement en lisant le dossier. Par contre, toute l’équipe de Zone Occupée aurait bien aimé vous présenter la réaction des créateurs concernés et, si ceux-ci désirent subséquamment se manifester, nous demeurons ouverts à publier leurs réflexions, critiques ou positions, qu’elles soient en accord ou en désaccord avec cette démarche.

Vous trouverez tout cela et encore plus dans cette édition, à travers des textes très intéressants et instructifs sur le rapport étroit qu’entretiennent artistes et auteurs avec la notion d’isolement. Nous vous laissons donc découvrir « seuls » la richesse de cette 5e édition.

Bonne lecture!

Commenter

You must be logged in to post a comment.

Nos partenaires