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Inclusion/Exclusion

Couverture 02

Le lancement de la première édition nous a démontré clairement qu’un magazine régional sur les arts et la culture actuelle est souhaité et réalisable. À ce titre, l’équipe de Zone Occupée tient spécialement à remercier le milieu culturel du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour l’accueil exceptionnel qu’il nous a offert.

Notre territoire, comme vous avez pu le constater, est un territoire d’une richesse incroyable. Un vaste terreau fertile marqué par une temporalité et une occupation géographique qui, définie dans un rapport à l’éloignement, influence consciemment ou inconsciemment les pratiques artistiques. Toutefois, cette influence est loin d’être unilatérale, car l’artiste est lui-même créateur de nouvelles territorialités. C’est pourquoi nos créateurs demeurent des acteurs extrêmement significatifs au cœur même de cet espace qu’ils occupent. En jouant au cartographe l’artiste définit de part sa pratique, sa démarche et ses actions de nouveaux espaces, de nouveaux territoires de l’art et plus encore. Ces actions provoquent du même coup, des tracés aux côtés contrôlés mais en laisse d’autres (temporairement) vacants. En traçant ces lignes, l’artiste redéfinit et crée de nouvelles frontières, frontières de l’art, frontières cognitives, territoriales, mais surtout sociales. Des zones en attente d’être investies par l’art mais aussi par d’autres domaines.

À priori, la notion de frontière est d’une manière récurrente l’apanage de la condition humaine. Ce fait indéniable force l’Homme à prendre position. Pour reprendre les idées développées par Foucault, les rapports d’exclusion et d’inclusion découlent directement d’un positionnement entre le «dehors» et le «dedans». Dans cette logique, tout acte place l’individu dans un rapport bidimensionnel où il est impossible de jouer à l’équilibriste. En définitive, peut importe le positionnement, il en découle inévitablement des rapports de force où le corps social se place volontairement ou involontairement «dehors» ou «dedans». Réalité empiriques, les rapports Inclusion/Exclusion sont avant tout issus d’une construction sociale où l’individu et la société agissent comme transmetteur ou vecteur de marginalisation. Au même titre que tous uns chacun, l’artiste ne s’en sauve pas, il est soit dedans ou dehors, il est vecteur de marginalisation ou il la subit.

Plus souvent qu’autrement, l’artiste est marginalisé dans ses rapports sociaux et économiques. Bien que l’Art existe de tout temps et qu’il est, la plupart du temps, la seule trace tangible des sociétés antérieures, plusieurs personnes, comme Nathalie Elgraby-Lévy persistent et signent couramment sur l’inutilité de la l’art et de la culture. Ces interventions contribuent considérablement à marginaliser les créateurs en reproduisant une image fausse sur leur vie et leur condition au Québec et au Canada; celle de l’artiste romantique. Les artistes d’aujourd’hui sont de véritables entrepreneurs, investissant corps et âme dans une petite entreprise comptant parfois quelques travailleurs. L’artiste entrepreneur embauche, dépense, consomme, à des loisirs, il est même considéré par l’État comme travailleur autonome. Malgré cela, il est immanquablement stigmatisés dans ses rapports quotidiens. Voilà un exemple par millier de la notion d’exclusion et d’inclusion que nous vous suggérons d’explorer. C’est pourquoi cette seconde édition abordera le travail des artistes professionnels et entrepreneurs sous l’angle des rapports d’inclusion et d’exclusion. Zone Occupée œuvre à briser le mythe de l’artiste romantique qui n’est plus la réalité vécue par les artistes actuels.

En réalité, l’art déstabilise, questionne et confronte, par sa capacité à outrepasser les frontières et a n’en créé de nouvelles. Une chose est sûre, c’est que ces rapports à l’inclusion ou à l’exclusion sont, aussi bien en art que dans toutes structures sociétaires, un marqueur de différenciation où il est possible de mettre en lumière une certaine mise en scène de la dissymétrie des rapports sociaux.

Dans ce monde mondialisé à l’extrême, la véritable question est à savoir où se cache ces rapports d’inclusion et d’exclusion. Est-ce que ces frontières ne prennent pas de nouvelles formes? Frontières physiques, disciplinaires, collectives, religieuses, idéologiques? Comme vous le découvrirez dans ce numéro, Zone Occupée cherche à questionner l’impact de l’art dans ces rapports d’inclusions et d’exclusions. Un va-et-vient contradictoire où nous sommes en droit de se demander s’il est préférable de vivre en marge des systèmes pour être en mesure de les critiquer sans craindre d’y être totalement absorbés?

Bonne lecture!

 

Patrick Moisan

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