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ENTREVUE AVEC VSVSVS

Entrevue avec VSVSVS

Par Paule Mackrous

 

*English version following

 

 

Ils sont sept, ils vivent ensemble dans un entrepôt qu’ils ont transformé en centre d’artistes à Toronto et ils ont passé un mois à explorer le Centre Bang et ses alentours. L’aboutissement : une exposition intitulée Drift, présentée à Espace Séquence jusqu’au 25 avril. Quand j’entends « drift », je pense tout de suite à la dérive situationniste de Guy Debord. D’une part, c’est la dérive comme processus : flâner, s’émerveiller, récolter et témoigner en adoptant un comportement à la fois ludique et constructif. C’est un peu l’idée de la résidence d’artistes. D’autre part, c’est la dérive comme action transformatrice, comme création. Les VSVSVS n’ont pas réinventé les configurations de Saguenay, mais leurs installations façonnent certainement le regard que l’on peut porter sur la ville. En parcourant les deux étages d’Espace Séquence, on s’imagine que l’un de leurs plus grands défis a été de choisir d’un commun accord les trouvailles à mettre en œuvre. Quelques jours avant le vernissage, les VSVSVS ont répondu à mes questions sur leur pratique artistique et leur dynamique de groupe.

 

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1-D’entrée de jeu, j’aimerais vous entendre à propos du nom de votre groupe « VSVSVS » (qui se prononce versus versus versus). Versus signifie généralement une opposition : « en compétition avec », « une alternative à » ou « en contraste avec ». Quelle est la signification de ce nom en relation avec l’art que vous produisez?

Nous voulions un nom qui fasse référence à la façon dont plusieurs opinions différentes peuvent être synthétisées en une seule. Tout nécessite un nom et celui-là est le nôtre. Le visuel du nom écrit, mêlant lignes droites et lignes tortillées, nous plaisait également beaucoup. Le nom évoque une discussion réciproque, un va-et-vient inhérent à notre pratique collective.

2-En ce moment, votre collectif compte sept personnes, ce qui n’est pas peu! J’aimerais en savoir un peu plus sur votre processus créatif, sur la manière dont vous travaillez avec les différentes personnalités et méthodes de travail.

Nous travaillons fort pour nous assurer que tous puissent exprimer leurs idées et faire entendre leurs voix. Il semble difficile pour les gens hors du collectif de comprendre qu’il n’y ait pas de leader et que nous soyons réellement capables de prendre des décisions qui reflètent l’ambition du groupe. Ce n’est pas toujours simple, et ce n’est sûrement pas quelque chose qu’il est possible de résumer, mais il est gratifiant d’apprendre à gérer des processus créatifs impliquant tant de personnes. Nous apprécions la folle empilade d’idées générée par autant de membres, qui nous emmène finalement dans des lieux beaucoup plus vastes que ceux qu’une seule personne aurait pu explorer.

 

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3-On vous l’a sûrement déjà dit, mais il est difficile de ne pas évoquer le Groupe des sept, un collectif de peintres canadiens actifs au début du vingtième siècle qui se rencontrait au Club des arts et des lettres de Toronto. Les membres y partageaient leur art et s’inspiraient des pratiques des autres. Toutefois, ils créaient toujours individuellement, ce qui ne semble pas être votre cas. Comment décririez-vous l’équilibre entre la création individuelle et celle collective dans votre groupe?

Tous les membres du collectif sont des artistes indépendants avec une pratique solo. Il faut constamment trouver l’équilibre entre le temps alloué à nos pratiques individuelles et celui accordé à notre pratique collective. Le fait de travailler en groupe nous garde occupés et apporte une certaine dynamique qui influence nos pratiques individuelles. Le travail collectif nous permet également de créer des œuvres que nous n’aurions autrement pas pu créer en solo, et nous donne la chance d’apprendre les uns des autres et d’entreprendre des projets de plus grande envergure.

4-VSVSVS est aussi un Centre d’artistes situé dans les Portlands de Toronto. Il y a un programme de résidence, un espace d’exposition et des studios d’artistes (dont les vôtres). Quelle est la genèse de ce projet et comment a-t-il évolué jusqu’à aujourd’hui?

Au départ, nous n’avions pas l’intention de former un collectif. Nous étions simplement à la recherche de studios peu coûteux et d’un espace avec lequel expérimenter. Nous cherchions également à avoir accès à des outils et personne d’entre nous ne pouvait se permettre d’avoir son atelier tout seul. C’est ce qui nous a d’abord réunis. Avec les années, des ramifications se sont créées entre nos espaces respectifs et ont ainsi apporté la possibilité de projets et de collaborations de plus grande ampleur, et celle d’un volet de commissariat. La première collaboration impliquait donc un travail de commissaires. Nous avons débuté avec des manifestations mensuelles de type « white cube » mais nous avons rapidement réalisé que nous pouvions mieux utiliser le lieu et nous l’approprier davantage. C’est ce qui nous a menés vers le modèle de résidence actuellement en place, à travers lequel nous invitons un artiste (ou des artistes) à vivre avec nous, approfondir sa recherche et créer de nouvelles œuvres. Nous continuons néanmoins à tenir quelques manifestations dites plus « traditionnelles » au cours de l’année et à mettre en œuvre quelques événements ici et là. Le travail collectif évolue et se modifie constamment. Nous tentons de conserver un modèle aussi large et souple que possible, de sorte que nous nous adaptons continuellement au fil des circonstances et des opportunités qui nous sont présentées.

5-En regardant les projets documentés sur votre site Web, j’ai remarqué qu’il semble important pour vous de créer des espaces pour interagir avec le public. Dans le Coat Check Project (Athens, 2014), par exemple, vous demandez au public de laisser leurs manteaux ainsi que d’autres effets personnels dans un lieu que vous avez créé et qui se situe à l’entrée d’une foire d’art contemporain. Quelles étaient vos attentes face à ce projet? Comment cela s’est-il déroulé?

Nous étions très enthousiastes à l’idée d’offrir un service gratuit qui ferait en quelque sorte concurrence à l’infrastructure même de la foire d’art. Les gens pouvaient nous laisser leurs effets personnels et, en échange, nous leur offrions un petit jeton sculpté en guise de cadeau et de marqueur de leurs biens. Nous nous attendions à ce qu’ils soient quelque peu confus et hésitants au départ, mais nous nous savions capables de les convaincre de s’engager dans le projet et de reconsidérer la façon dont ils interagissent avec l’art. La barrière de la langue était un élément intéressant et a donné lieu à quelques conversations plutôt insolites à propos de ce que nous souhaitions accomplir. En bout de ligne, nous avons pu rejoindre les visiteurs et établir une certaine confiance, en ce sens qu’ils nous confiaient la responsabilité de veiller sur leurs effets personnels. Ce qui a ainsi créé une sculpture en constante mouvance (le porte-manteau) qui faisait également office de plateforme de discussion et d’échange.

6-J’ai remarqué qu’il y a, au cœur de votre pratique, une forte présence des objets que vous utilisez un peu comme des ready-mades. Je pense à Things on Thing on Things ou à The Shelf par exemple. Les objets rassemblés créent une sorte de récit collectif. On dirait qu’ils sont utilisés comme des interfaces pour générer une discussion entre vous tous et toutes. Pouvez-vous me parler de ces projets, du processus qui les a vus naître?

La manipulation d’objets est un des aspects premiers de notre travail collectif. Jusqu’à un certain point, nous sommes tous des collectionneurs/accumulateurs compulsifs et avons dans nos studios quantité d’objets qui ne sont pas nécessairement liés directement à notre pratique personnelle. Ces objets sont des choses sur lesquelles nous tombons et que nous voulons simplement garder à proximité. Nous avons choisi de rassembler ces objets et de leur accorder une certaine force du nombre. Nous en avons de pleines boîtes à la maison et nous les arrangeons et réarrangeons constamment. Il est très amusant de créer des moments de conjonction parfaite ou d’établir d’étranges relations entre certains objets, puis de les soumettre à l’oeil de quelqu’un d’autre qui viendra retoucher et transformer ce qu’un autre avait créé. C’est ainsi que nous avons pu développer un vocabulaire collectif. C’est là l’esthétique « VSVSVS », qui ne correspond pas à celle d’aucun de ses membres mais qui puise dans les intérêts de tous.

 

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7-Il y a de façon évidente un aspect humoristique dans votre pratique et les œuvres sont souvent ironiques. Cette ironie est généralement utilisée pour mettre l’accent sur l’affirmation d’une vérité et peut éventuellement engendrer une critique. Le Nap Station Project, par exemple, offre un espace de repos au cœur de foires d’art qui sont, comme vous le dites sur votre site web, des événements épuisants. Pouvez-vous nous parler de cette présence de l’humour dans votre travail?

Un partie importante de notre travail implique un engagement direct avec le regardeur, qui se déploie de manière parfois très explicite, comme dans le cas de Nap Station ou de Coat Check. L’humour peut ainsi tenir lieu de pont vers des thèmes ou des situations qui semblent de prime abord moins accessibles – et puis, c’est plus de plaisir. Il permet d’installer un certain ton, de mettre les gens à l’aise et de donner lieu à des conversations plus intéressantes. Bien qu’il y ait certains aspects critiques à notre travail, nous cherchons à limiter le négatif dans notre approche. L’humour apporte l’équilibre parfait.

8-Comment percevez-vous le monde de l’art? Qu’est-ce que vous y changeriez?

Il flotte souvent autour du monde de l’art une certaine présomption le voulant inaccessible et froid, mais il est en réalité extrêmement généreux et accueillant. Nous sommes vraiment reconnaissants d’avoir l’opportunité de nous rendre dans plusieurs endroits nouveaux et d’y rencontrer des communautés d’artistes avec qui échanger, qui nous invitent dans leurs ateliers et dans leurs foyers. Nous souhaiterions modifier la perception de l’art dans notre culture. Nous aimerions que tous, comme nous, puissent voir l’art comme ouvert et stimulant et en venir à le considérer essentiel et significatif.

 

 

9-Je suis évidemment curieuse d’en savoir un peu plus sur votre résidence au Centre Bang. Aviez-vous déjà une petite idée de ce que vous vouliez faire?

Nous voulions garder un esprit ouvert et ne pas forcer les choses. Nous gardions en tête certains aspects de notre pratique avec lesquels nous désirions expérimenter et que nous souhaitions développer davantage, mais la plupart de nos projets considèrent le contexte comme point de départ. Nous espérions donc simplement arriver dans l’espace, nous familiariser avec le Centre Bang et explorer les environs avant de nous mettre au travail. Nous avons fouillé le sous-sol du centre durant les premières nuits et avons déniché toutes sortes de matériaux fascinants. Nous partions en balade à l’extérieur, nous amusions dans la neige. L’abondance d’accumulations de neige de toutes sortes, d’incrustations, de congères et d’empilades était très stimulante. L’image d’un immense amas de neige hantait notre imaginaire collectif depuis un certain temps, c’était donc très motivant de la voir enfin prendre forme. La première étape en entrant dans la salle a été de rassembler des matériaux, de l’équipement et des idées et d’observer la façon dont ils interagissaient dans l’espace. La suite des choses s’est déroulée tout naturellement. Nous étions très fébriles face à ce vers quoi le travail allait nous mener.

10-Comment avez-vous décidé du contenu pour l’exposition?

Honnêtement, nous n’avons pas tout à fait arrêté notre choix encore. C’est un processus continu. C’est un défi en soi de décider ce que l’on présentera et ce qui sera conservé pour une exploration ultérieure. Nous apporterons des ajustements jusqu’au vernissage. Nous souhaitons présenter un travail qui convienne à tous les membres et qui contribue à monter une exposition complète et achevée tout en se référant au séjour passé à Chicoutimi. Nous accordons particulièrement de l’importance à la manière dont le regardeur pourra circuler dans l’espace, de façon à faciliter son implication. Nous verrons ce que cela donnera!

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11-Quels sont vos projets futurs?

L’année à venir nous semble encore plutôt occupée. Dès notre retour à Toronto, nous nous lancerons dans la préparation d’une exposition collective de notre travail solo, qui débutera le 29 mai au centre Mercer Union. Nous effectuerons également une résidence au Royal Ontario Museum, pour en apprendre sur les pierres précieuses et les minéraux. Le programme de résidences d’artistes à l’entrepôt VSVSVS débute en juin. Nous plaçons la barre plus haute cette année en accueillant trois artistes; un artiste du volet international, un du volet national et un de Toronto. La Française Hélène Juillet lancera le bal. L’appel de candidatures pour le volet national sera diffusé au printemps.

Vous l’aurez compris, les VSVSVS conçoivent des installations, des performances et des objets, mais ce sont également des inventeurs d’espaces d’interaction et de contextes pour la création. Leur plus grande force repose, à mon sens, dans leur habileté à s’approprier le réel pour créer des ponts : entre eux et avec les autres. Leur fonctionnement collectif, qui s’érige en un mode de vie, représente une résistance au capitalisme et à l’individualisme; ce sont des idéologies auxquelles le monde de l’art n’échappe pas, loin de là. En ce sens, le collectif d’artistes peut ressembler à une sorte de bulle bien gardée, mais il s’agit au contraire d’un réseau ouvert sur le monde qui ne peut que s’élargir grâce à une posture résolument engagée.

L’exposition Drift m’est ainsi apparue comme une généreuse invitation à entrer dans l’imaginaire commun des sept artistes; c’est un lieu étrange faisant écho à l’hiver sibérien qui a envahi la région durant leur séjour. On pénètre à l’intérieur des bancs de neige en plâtre et on se laisse à son tour dériver sur des banquises roulantes en styromousse. Tout ça en mangeant des caramels sortis d’une glacière! À l’image des VSVSVS, la résistance ne se définit plus comme une force « contre », mais elle devient un jeu lucide impliquant un engagement enthousiaste de la part de chacun et chacune.

 

 

 

Bio Paule Mackrous:

Paule Mackrous termine présentement une thèse en Sémiologie à l’UQAM dans laquelle elle développe des méthodologies créatives afin d’analyser les formes d’art émergentes sur le Web. Un séjour d’étude à l’Université du Colorado à Boulder sous la direction de l’artiste pionnier du net art Mark Amerika lui a permis d’approfondir ses connaissances sur la culture remix, l’éducation aux médias, les humanités numériques et « les histoires » du net art. Elle a dirigé le Magazine électronique du Centre international d’art contemporain de 2010 à 2013 et a enseigné au BAC en arts visuels et médiatiques de l’UQAM. Ses travaux les plus récents portent sur la culture remix comme outil de résistance pour les activistes ainsi que sur la présence des voix féminines et féministes dans la cyberculture. Auteure et commissaire indépendante, elle écrit pour plusieurs revues culturelles et scientifiques ainsi que sur son blogue effetdepresence.wordpress.com qu’elle alimente de toutes sortes de réflexion sur l’art, la cyberculture et le féminisme depuis 2006.

Interview with VSVSVS

By Paule Mackrous
 

They are seven, they live together in a warehouse that they transformed into an Artist-Run Centre in Toronto and they spent a month exploring Centre Bang and its surroundings. The outcome : Drift, an exhibition presented in the Espace Séquence up to April 25th. When I hear « drift », it immediately evokes Guy Debord’s situationnist dérive. On one hand, you have « drift » as a process : wandering, contemplating, harvesting and presenting while maintaining a ludic yet constructive state of mind. This might have been the essence of the artist residency. On the other hand, you have « drift » as a transformative act, as creation. VSVSVS did not reinvent Saguenay’s configuration but their installations certainly shape one’s perspective on the city. While exploring both floors of the Espace Séquence, one can imagine that one of the great challenges might have been to collectively agree on which findings to turn into art pieces. A few days prior to the vernissage, VSVSVS answered my questions on their artistic practice and their dynamics as a group.

 
  1. I would like to begin by asking about the name of the collective, VSVSVS (pronounced versus versus versus). Versus generally refers to an opposition : « competing with », « alternative to » or « in contrast with ». What is the meaning of your name in regards to the art you produce?
We wanted a name that alluded to how many different opinions could be synthesized into one. Everything needs a name and this one is ours. We really liked the way it looks written too, with all the squiggly and straight lines in a row. The name implies a back and forth discussion integral to our collective practice.
  1. At the moment, your collective consists of seven people, which is a lot! I would like to learn a little bit more about your creative process, on the way in which you deal with divergent personalities and work methods within the group.
We work hard to make sure that everyone gets to have their ideas expressed and their voice heard. It seems hard for people outside of the collective to comprehend that there is no leader and that we are actually able to make decisions that reflect the group ambition. It is not easy, and definitely it is not something that can be summarized, but it has been rewarding to learn how to manage creative processes with this many people. We like the insane pile of ideas that this many people can generate, it ends up getting us into territory beyond what one person could explore.
  1. You probably have been told that already, but it is hard not to link your work to that of The Group of Seven, a group of canadian painters active in the early twentieth century who gathered at the Arts and Letters Club of Toronto. The members shared their art and drew from each other’s practices. However, their pieces were always created individually, which doesn’t seem to be your case. How would you describe the balance between individual creativity and collective artistic creation among VSVSVS?
All members of the collective are independent artists with solo practices as well. The balance is constantly shifting between time devoted to our solo work, as opposed to our collective practice.
 Working as a group keeps us busy and brings a certain momentum that carries over into our individual work. Collective work also gives us a chance to make things that we wouldn’t otherwise make in our solo practices, and allows us to learn skills from each other and take on bigger projects.
  1. VSVSVS is also and Artist-Run Centre located in the Toronto Portlands. It includes a residency program, an exhibition space and artist’s studios (including yours). Tell me about the birth of the project and how it has evolved up until today.
We didn’t start out with the intention of forming a collective.  In the beginning we were just looking for inexpensive studios and space to experiment with.  We also wanted access to tools, and none of us could afford to have a woodshop on our own. That is what really brought us together. Over the years, our individual studios bled together and suggested the possibility of larger projects, collaborations, and curatorial pursuits.
The earliest collective work was curatorial. We started with standard one month white cube shows, but quickly realized that we could better cater to our location and make better use of the space. This led to our current residency model, where we invite an artist (or artists) to live with us, do research and create new work. We still squeeze in a few ‘traditional’ shows throughout the year and manage to host a few events here and there.
The collective work is always changing and developing. We keep the model as wide open as possible, so we’re always adapting to whatever comes our way.
  1. While skimming through the projects that are presented on your website, I noticed the preponderance of pieces where the audience is invited to interact in the space. In the Coat Check Project (Athens, 2014), for instance, you asked members of the audience to leave their coats and other personal belongings in a space that you had created, located at the entrance to the contemporary art fair. What were your expectations regarding this project? How did it unfold?
We were excited to offer a free service that could compete with the art fair’s own infrastructure.  People could leave their belongings with us and in exchange we gave them a small sculptural token as a gift and a marker of their property. We expected people to be initially confused and hesitant, but we knew we could convince them to engage with the project and reconsider the way they interact with art. The language barrier was an interesting element and made for some strange conversations about what we were up to. In the end, we were able to win people over and have them trust us with their belongings, and we were rewarded with a constantly shifting sculpture (the coat rack) that doubled as a platform for discussion and exchange.
  1. I noticed, at the heart of your practice, a strong presence of objects that seem to act as « readymades ». I refer to Things on Things on Things or to The Shelf, for instance. The objects that you collected create some sort of collective narrative. It seems as though they are playing the part of an interface that generates discussions amongst the group. Can you tell me more about these projects and of the process from which they were born?
Playing with objects is one of the oldest aspects of our collective work. We are all collectors/hoarders to some degree, and have a lot of objects in our studios that are not of primary concern to our solo practices. The objects are the kind of things that we find and just want to keep around us. We decided to take all these objects and bring them together, to give them a strength in numbers. We have boxes of these at home that we arrange and rearrange together. It’s a lot of fun to find moments of perfect conjunction, or weird relationships between things, then have someone else come along and remix what you’ve made. We have gradually developed a collective vocabulary in this way. There is an aesthetic that is “VSVSVS”; it is not the aesthetic of any one of the members but still draws on all of our interests.
  1. There definitely is a humourous aspect to your practice and the pieces often seem ironic. Irony is generally used to affirm a certain truth and can eventually lead to a critique. The Nap Station Project, for instance, provided rest areas in art fairs which are, as you mention on your website, exhausting events. Can you tell me more about the presence of humour in your practice?
 A lot of our work involves direct engagement with the viewers, sometimes very explicitly like with Nap Station or Coat Check.  Humour can act as a bridge for subjects and situations that may seem unapproachable – plus it’s more fun.   It sets a certain tone, puts people at ease, and makes for better conversation.  While there are points of critique in our work, we try not to be too negative in our approach.  Humour makes a perfect balance.
  1. How do you perceive the world of art? How would you change it?
 There is always an assumption that the art world is unapproachable and cold, but we have found it extremely welcoming and generous. We are very grateful to be able to come to new places and find a community of artists to engage with, who invite us over to their studios and into their homes.
We would like to see the perception of art in our culture changed. We hope that everyone can find art as open and engaging as we have, and can come to feel that it is something essential and meaningful.
  1. I am obviously curious about your residency at Centre Bang. Did you have any idea of what you wanted to create, prior to the beginning of the residency?
We wanted to keep things open and not get too ahead of ourselves. There were aspects of our practice that we wanted to experiment with and develop further, so we had those in mind but most of our projects take the context as a starting point. We wanted to arrive in the space, get to know Centre Bang, and explore the surrounding area before we got to work.
We dug around the basement of Centre Bang over the first few nights and found a lot of compelling materials. We went on walks outside, played in snow banks, and were excited by the huge variety of snow accumulations, encrustations, drifts and piles. A large slump of a snowbank has haunted our collective imagination for some time, so it is exciting to see it finally take form.  Our first move in the studio was to bring a lot of materials, equipment, and ideas together to see how they interact with each other and fit in the space.  After this, the work came together very naturally. We are very excited to see where it all leads.
  1. How did you decide upon the pieces to include in the exhibition?
Honestly, we haven’t decided yet. It is an ongoing process. It is very difficult to decide what will stay and what should be saved for further exploration and development. Editing will continue right up until the opening. We want works that sit well with each other and help support and build a complete show, but still point to the time we spent in Chicoutimi. We pay special attention to how viewers might circulate through the space in a way that facilitates their engagement. We’ll see what we end up with!
  1. What lies ahead for VSVSVS?
 It looks like we have another busy year ahead of us. When we get back to Toronto we will be gearing up for our solo (collective) show in Toronto at Mercer Union, which opens May 29th. We’ll be doing a research residency at the Royal Ontario Museum as well, to learn about gems and minerals(!).
Our residency program at the VSVSVS warehouse begins in June. We are upping the ante this year and will have three residents – one international, one national, and one from Toronto. Hélène Juillet from France will be our first resident. The national call for residents goes out in the spring.
 

As you were able to appreciate, VSVSVS conceive installations, performances and objects, but they also come across as inventors of interactive spaces and creation-oriented contexts. From my point of view, their strongest asset lies within their ability to borrow from reality to build bridges between each other and towards others. Their collective approach, which doubles as a way of life, stands in opposition to capitalism and individualism, ideologies from which the world of art does not escape – far from it. In that perspective, the artist collective might resemble some sort of hermetic bubble but it actually stands as a network, open to the world, that can only grow wider, thanks to a resolutely committed attitude.

 

Drift left me under the impression of a generous invitation to enter the seven artists’ collective imaginary world; a peculiar scene echoing the Siberian cold that took over the region during their stay. The viewers pass through plaster snow banks and let themselves drift on rolling styrofoam ice floes, while munching on caramels straight out of a cooler! Much the same as VSVSVS’ essence, resistance does not relate to an opposing force but it becomes a lucid game that requires an enthusiastic committment on everyone’s part.

 

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