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Dossier Sudbury – « SUDBURY NOUS A CRÉÉS » – Marie-Andrée Gill

« Sudbury nous a créés »
Par Marie-Andrée Gill

Le plus beau voyage que j’ai fait, c’était pas à Paris, c’était pas à New York, c’était à Sudbury. La route, – ben oui j’en parlerai pas – rouler sur le  plus gros soleil couchant que j’ai jamais vu, ayoye! C’est comme manger du piquant par les yeux, en plus d’avoir le p’tit cœur en translation vers l’ouest des possibles.

Pour m’expliquer, je commencerai par dire que l’invité d’honneur du Salon du Livre de Sudbury, Patrice Desbiens, ne s’y est jamais présenté. C’est le genre de choses que je trouve belles. Une absence présente, une absurdité, un détachement de soi. Son geste représente bien mon sentiment face à la beauté qui m’a habitée durant ce voyage. Elle est imprévisible, toujours dans le détour et le mélange des paradoxes, dans le pouvoir du détachement.

Le tout, dans une inexplicable perfection de cette semaine que je ne pourrai sans doute jamais expliquer; assez pour lui rendre justice.

Selon les recherches de Thierry Dimanche, une météorite s’est écrasée il a plusieurs milliers d’années sur l’emplacement actuel de Sudbury. Il est probable que ce soit suite à cet impact que la vie venue de l’extérieur de la terre se soit développée. Je ne sais pas si c’est dans l’optique esthétique de cette possibilité souffleuse de vie mais, c’est immanquable, Sudbury a engendré une rencontre de feu. Nous étions cinq. Sudbury nous a créés.

C’est une ville que t’as envie de prendre dans tes bras, une ville cœur qui bat et trains qui passent : une sorte de La Tuque fois dix. Une ville où on se prend en photo de gang devant un vomi de macaroni en coudes, où on rit jusqu’à pas d’heure des pires jeux de mots de l’univers, où on essaie de prendre des photos qui feront rire personne d’autre que nous-mêmes avec le monument du  5 cents géant (parce que quand t’es la capitale mondiale du nickel, c’est évident que ton monument symbolique doit être un 5 cents géant en nickel). Sudbury nous a permis de vivre l’ambiance de notre époque en totale immersion conceptuelle : le culte de l’absurde et la glorification du banal, toute la poésie de marier les contrastes, les plus détonantes métaphores se déployant sans arrêt dans l’organique du vivre le moment présent.

Sudbury est l’espace-temps qui nous a permis de créer ce monde-là. Ne sous-estimez pas le pouvoir que peut avoir une gang improvisée ayant pour univers provisoire un lieu nouveau et riche de sens : la vie bouillonnante se situe là. Pas dans la foule, les signatures, la représentation. Elle est dans l’espace-temps modelé dans les chambres d’un Quality Inn, dans les quartiers d’une ville ouvrière, dans le lieu précis d’une vacance, un lieu de poésie inimaginable face aux plus petits détails d’un Sudbury ponctuel et vrai, totalement fluide.

C’est un moment qui a fabriqué une surprenante lumière émergeant du sol des mines et des yeux brillants de la chimie humaine. La force des images que dégage la ville en faisant côtoyer les mots beauté et usine, les mots bleu et rouille. La poésie du banal, la poésie minière et boucaneuse vivant avec le lac Ramsay et la chaleur des gens : tout ça comme l’intérieur même d’un poème de Patrice Desbiens, avec de la frénésie et de l’Internet en valeurs ajoutées.

Tout est une question de regard. J’ai aiguisé le mien sur la non-évidence du beau et Sudbury m’a construit l’œil. Chaque lieu est secoué d’un mythe, comme toutes les petites villes qui mijotent doucement dans une gêne et une acceptation d’elles-mêmes et de leur côté kitsch. S’est dessinée une poésie documentaire des lieux et des gens, une nouvelle hygiène du regard pour la Marie qui écrit ces lignes. Je suis partie sans attentes; je suis revenue avec un bagage incroyable sur la vision de ma pratique littéraire.

Alors voilà, je termine encore sur un vers de Patrice Desbiens (coudonc, il a appelé son recueil Sudbury, pis c’est vraiment bon, j’ai donc pas le choix de le ploguer) :

« Sudbury, là où je me suis perdu, là où je me suis retrouvé. »

Merci à Roxanne et Sylvie, organisatrices de ce Salon du Livre éclairant.

Merci à Patrick, Jean-Rémi, Charles et Étienne. C’est du lourd.

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