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COLLISIONS CRÉATIVES

« Et si la beauté rendait heureux. » 

                                                                         – Pierre Thibault, architecte

 

Actuellement, à Saguenay, des artistes cherchent à se positionner au cœur du développement économique et comme partie prenante des processus d’innovation en entreprise. À ce titre, une expérimentation est en cours entre des créateurs, Pôle Architecture et l’entreprise de développement de jeux vidéo Ubisoft. 

Cette alliance se déploie dans le contexte de l’aménagement définitif des nouveaux bureaux d’Ubisoft Saguenay sur la rue Racine et implique, de l’idéation du projet à sa conclusion, deux artistes qui travailleront de concert avec la firme d’architectes. Les espaces immersifs conçus par les artistes Julie-Andrée T. et Mathieu Valade feront de ce lieu de travail un espace surprenant et inspirant, favorisant d’autant plus l’émergence de la créativité des employés aux dires de la multinationale. Ayant obtenu « carte blanche » dès le départ du projet, ils auront à composer avec des partenaires plus ou moins initiés, à réfléchir à une œuvre qui représente à la fois leur univers de créateurs et l’essence du lieu et de l’entreprise hôte. 

Duo d’esprits pour œuvres fortes de sens

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Les artistes Julie-Andrée T. et Mathieu Valade bénéficient d’un terrain de jeu unique, d’un espace de création qui comprend bien sûr un cadre architectural, qui s’insèrera dans un nouvel univers, littéralement à construire. Un défi qui peut sembler contraignant, mais qui, connaissant le parcours de ces deux artistes maintes fois exposés, tant sur la place publique, que lors d’événements de performance ou encore de rencontres internationales, sera un levier pour leur imaginaire. Un imaginaire nourri sans doute par la mission de l’entreprise dans laquelle se déploiera le projet. Gageons que l’œuvre créée par ce duo d’artistes sera forte en évocation, provoquera assurément un plaisir esthétique et peut-être même un sourire en coin, si on se fie à leurs manières respectives de jouer avec la poésie et la symbolique. 

Valade fait de ses œuvres à la plasticité forte des messages puissants, résonnant en plusieurs couches de sens, savamment misent en espace et en images, provoquant une réflexion à la fois sur le matériau, le contexte et l’environnement dans lesquels s’inscrit son travail. Le travail performatif de Julie-Andrée est risqué, vif, empreint de nature, coloré par des enjeux politiques qui nous plongent dans une mer de sens puissante, voire inquiétante. Ses œuvres visuelles présentent une nature transformée, peut-être un peu domestiquée, certainement toujours exploitée, se révélant dans l’imaginaire collectif et individuel.

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Collaborer au-delà du réel

Ce processus collaboratif entre différents acteurs économiques nécessite une grande ouverture et une capacité d’écoute, de se remettre en question et d’accepter la vision de l’autre. C’est dans cet esprit de cocréation que l’aventure prendra tout son sens, dans une alliance entre le monde des arts et le milieu des affaires, une collaboration encore inédite dans notre région.

Reconnus comme faisant partie de ces entreprises où travailler est synonyme de plaisir et d’engagement, avec l’investissement d’énormes sommes pour le bien-être de ses équipes sur les lieux de travail, Ubisoft prend ce risque d’inclure de nouveaux acteurs dans ce domaine spécialisé et voit, dans l’implication des artistes, une valeur ajoutée, tant sur le plan esthétique que sur le plan du développement de nouveaux produits. 

« Chez Ubisoft, nous offrons des espaces de travail ouvert et convivial permettant d’inspirer nos employés à créer des expériences de jeu et des mondes exceptionnels. Grâce à la participation des artistes dans la conception de notre nouveau studio, nous croyons être en mesure de créer un milieu de travail complètement unique, à l’image de nos employés et de notre belle région », explique Jimmy Boulianne, directeur général d’Ubisoft Saguenay.

De son côté Pôle Architecture innove dans son secteur en ayant pensé l’implication des artistes en amont, plutôt que traditionnellement à la fin d’un projet architectural, comme par exemple le permet la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement (communément appelée Politique du 1 %). La prise de risque alors se situe entre autres au niveau de la gestion des normes et des règlements dans la construction.

« Nous avons dès le départ proposés aux dirigeants d’Ubisoft d’intégrer des artistes en début de processus, afin de collaborer avec eux pour créer des espaces immersifs à même le projet d’aménagement des bureaux de l’entreprise. Nous trouvions intéressant de composer une équipe multidisciplinaire, comme le fait d’ailleurs Ubisoft pour la création de ses jeux vidéo, et de se donner la liberté d’aller dans des directions inattendues, en se projetant dans l’univers des artistes sélectionnés. Bien que le processus suit son cour, nous sommes convaincus que cette collaboration avec les artistes est pertinente dans le cadre de ce projet et qu’elle contribuera à offrir un environnement qui suscitera les réflexions et stimulera la créativité des employés d’Ubisoft.» Gabrielle Potvin, architecte. 

petitesmains (1)Au final, le concept d’une œuvre « intégrée » et non « ajoutée » porte une autre vision, plus innovante, crée davantage de sens dans la collaboration et assure un partenariat de développement durable et efficient. Nous sommes en droit de penser que la beauté ait des conséquences positives sur l’état d’esprit des gens, qui vivent plusieurs heures de leur vie au travail, et que l’art puisse ainsi avoir un impact réel sur leur quotidien.

par Gabrielle Desbiens, directrice générale de Culture Saguenay–Lac-Saint-Jean

Paru précédemment dans l’édition de avril 2019 du journal Informe Affaires (vous retrouvez ici une version bonifiée)

Cette article est le résultat d’une nouvelle collaboration entre Ville de Saguenay (programme Art-Affaire), le journal Informe Affaires et Zone Occupée. Le but de cette collaboration est de présenter une série de chroniques sur l’importance des arts et de la culture dans le développement économique d’une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Biographie et démarche Mathieu Valade: 

Mathieu Valade est originaire de Salaberry-de-Valleyfield. Son travail a été présenté au MAC VAL (Paris), au Musée national des beaux-arts du Québec et dans plusieurs centres, galeries et évènements d’envergures au Canada, au Brésil, aux États-Unis, en France, en Espagne, en Grèce et en Suède. Il a réalisé des œuvres d’art public dans différentes villes du Québec. Ses créations figurent dans plusieurs collections dont celles MNBAQ et du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul. Valade est représenté par la Galerie 3 (Québec). Il réside à Chicoutimi où il enseigne la sculpture et le dessin à titre de professeur à l’UQAC.

Sa pratique artistique explore les rapports de contradictions existants entre les formes simples et les images qu’elles peuvent évoquer une fois détournées. La production d’objets sculpturaux ou de dessins, toujours avec un souci de mettre de l’avant une plasticité forte, se voit hybridée à des éléments de représentations simples (typographie, logos, pictogrammes, formes géométriques) dans le but de soulever de nouveaux potentiels d’interprétation.

http://mathieuvalade.com/

Biographie et démarche Julie-Andrée T: 

Artiste de l’installation et de la performance depuis près de 25 ans, le travail visuel de Julie-Andrée T a été présenté dans de nombreux centres d’artistes au Québec et ses performances dans plus de 35 pays. En 2008, après avoir habité plus de 12 ans à Montréal, Elle s’installe définitivement à Sagard. Elle occupe durant 2 ans un poste d’artiste-enseignante à la School of Museum of Fines arts de Boston. Membre du comité de programmation du Lieu (Québec) depuis plus de 10 ans, à travers sa production artistique, elle a réalisé quelques projets de commissariat dont un en Chine pour Open Art Festival  où plus d’une trentaine d’artistes de la performance de partout dans le monde étaient invités. Après avoir présenté son travail sous diverses formes, elle réalise en 2018 son premier projet d’intégration d’art à l’architecture à l’École primaire des Jolis-Prés. Dans la même lancée, au printemps dernier, en collaboration avec son directeur de maîtrise Jean-Paul Quéinnec, elle obtient sa Maîtrise en recherche-création avec mention excellence de l’Université du Québec à Chicoutimi. Julie Andrée T poursuivre actuellement ses études au niveau doctoral.

Le processus de création actuel de Julie Andrée T se base sur la formule que propose Michael Jakob (2008) dans son livre intitulé « Le paysage » ; P= N+S. Pour lui le (P)aysage résulte à trois facteurs sin qua non : (N)ature , (S)ujet et une relation entre les deux (+). En d’autres mots, il n’y pas de paysage s’il n’y a pas de contact, lien, rencontre entre la natureet le sujet. Dans cette équation, le sujet est un être culturel pensant qui ressent les émotions, qui juge de façon subjective. La nature étant identifiée chez les Grecs par l’eau, le feu, l’air et la terre, Merleau‐Ponty suggère que le paysage n’est pas que nature, il est aussi culture parce que ressenti à travers notre corps perceptif et sensible. Par la juxtaposition d’éléments culturels, de signes et d’empreintes, elle aborde le paysage en tant que système, interrogeant au passage l’identité même de la nature. Que ce soit à travers la pratique du dessin, de l’installation ou de la performance, elle explore et tente de définir l’esthétique du dépaysement.

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